Les cahiers de Pierre Radanne

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Les objectifs majeurs du projet

 

 

 

 

Ce choix étant proposé, la Mission de préfiguration a dû trancher la question décisive du niveau d’approfondissement. L’apport à faire pour la négociation internationale sur le climat passe-t-il ou non par un exercice global de modélisation des consommations d’énergie, des émissions de gaz à effet de serre et de dimensionnement économique ?

 

  • Apporter des bases pour la négociation sur le post 2012 pour les pays en développement et donc faciliter la compréhension par les pays industrialisés des intérêts partagés .

 

La négociation qui s’ouvre n’a pour but ni d’obtenir une reconnaissance du changement climatique, ni de solliciter une décision d’engagement des pays. Ce fut l’objectif de Rio. La nouvelle négociation sera celle du dimensionnement de l’implication de chacun. La différence essentielle avec Kyoto résidera dans le fait qu’elle impliquera des obligations de nature différente selon les pays (entre les pays industrialisés, les pays émergents et les pays en développement). Atteindre ce résultat d’une implication de tous, avec des niveaux de participation différents, exigera des critères d’équité et ne se fera donc pas sans contrepartie.

 

Or, la négociation souffre d’un apport de propositions opérationnelles insuffisant. La difficulté réside surtout dans la confiance en les procédures et le dimensionnement des outils. Les négociateurs manquent d’une évaluation précise de leurs propres marges de manœuvre et de celles de leurs interlocuteurs. Comment retenir des objectifs sans vision précise de ce qu’ils signifient concrètement comme niveau d’efforts personnels ? Comment prendre des engagements financiers - aide au développement ou dotation de fonds - sans connaître ni la nature des usages qui en sera faite ni leur efficacité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou s’adapter au changement climatique ?

 

Cette question se pose donc en des termes nettement quantitatifs. La liste des instruments à mettre en place, de nature différente, est déjà longue : aide au développement, mécanismes de flexibilité, réglementations, taxes, renforcement des capacités, transferts de technologies, recherche, aide à l’adaptation, protection des forêts primaires… Toute la difficulté résidera dans le niveau des mises financières et dans l’ouverture du spectre des instruments dont le MDP.

 

  • Elaborer une vision d’un développement futur davantage à destination des politiques, des opinions publiques et des médias que des seuls négociateurs et acteurs économiques

 

Sans la vision d’une issue favorable possible aucun engagement politique ne sera possible ni même probablement souhaitable. Les responsables politiques ne peuvent prendre des engagements sans être capables d’en décrire les termes au plan de leur politique nationale. Plus la négociation climat entrera dans le concret, plus le positionnement économique des politiques deviendra déterminant. Les volontés de développement et leur traduction pour les modes de vie quotidiens ne seront crédibles qu’à la condition que leur faisabilité économique soit vérifiée.

 

La nature du travail à produire pour la prochaine négociation sera assez différente des précédentes. Elle implique notamment une écriture qui sache traduire une réelle vision des conditions de vie d’un développement futur, ce qui ne sera pas le plus facile. Il faudra ensuite que cette qualité d’écriture soit adossée à des estimations globales de coût, à une analyse de la rentabilité des actions et à une présentation de la panoplie des instruments publics de mise en œuvre.

 

D’une manière générale, les scénarios proposés par les institutions internationales, notamment les scénarios de prospective énergétique, privilégient fortement un dimensionnement des flux d’énergies et d’émissions. Conduire ce genre d’exercice présente aussi trois niveaux de difficulté croissante :

1 - Le plus facile à maîtriser aussi bien à long terme qu’à court terme : la quantification de données physiques concernant l’énergie et les émissions de gaz à effet de serre ;

2 - Bien plus difficile à apprécier, les flux d’investissements et de transferts financiers. C’est pourtant là-dessus que la négociation se jouera ;

3 - Il s’agit de faire percevoir leur valeur relative, ce qui est de plus en plus difficile à mesure que l’on s’éloigne dans le temps (en fonction des prix de l’énergie, de la répartition des revenus, de l’évolution de la nature du développement, des aspirations futures…).